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Deltaline

Mis à jour le 23 septembre 2026

La hausse du carburant n’en finit plus : le litre a atteint 2,39 € en moyenne le 18 septembre 2026, un record historique qui dépasse le pic d’avril (2,38 €). Depuis fin février, il a pris environ 69 centimes, passant d’environ 1,72 € à environ 2,41 €. Pour les transporteurs routiers, le carburant est le premier poste de charges. Voici où en est cette augmentaion du carburant, ce que les entreprises peuvent faire et ce qui les attend.

1. Pourquoi la hausse du carburant s’accélère-t-elle ?

Une crise géopolitique majeure. Le 28 février 2026, une opération militaire américano-israélienne a frappé l’Iran, qui a répliqué en fermant de fait le détroit d’Ormuz. Ce passage concerne environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, et le Brent a atteint jusqu’à 126 dollars au plus fort de la crise.

Des embellies trop courtes. Le baril était retombé sous 85 dollars cet été, puis il a dépassé 100 dollars début septembre avec la reprise des hostilités au Moyen-Orient. Un mémorandum américano-iranien censé stabiliser le transit par le détroit s’est effondré en juillet.

Une fiscalité qui grignote l’avantage du diesel. L’écart entre l’accise du gazole et celle de l’essence se réduit chaque année, ce qui ajoute environ 1 à 2 centimes par an quel que soit le cours du brut.

2. Hausse du carburant : les transporteurs routiers peuvent-ils obtenir des aides de l’État ?

C’est le point le plus sensible du moment, et la réponse est décevante. Le 22 septembre, le gouvernement a annoncé un renforcement des aides face à la hausse du carburant, mais le transport routier en est exclu. Les secteurs agricole et BTP restent aidés jusqu’au 31 décembre 2026. Le ministre de l’Économie estime que les transporteurs peuvent, et doivent légalement, répercuter la hausse sur leurs clients, et que les aides ne sont donc plus nécessaires.

Les organisations professionnelles contestent cette analyse. La FNTR et l’OTRE dénoncent un rapport de force déséquilibré avec les donneurs d’ordre, dans un secteur où 80 % des entreprises sont des TPE-PME. Selon elles, le décret sur les aides de juin à août n’est toujours pas publié et, d’après l’OTRE, seule l’aide d’avril a été entièrement versée.

Ce que les entreprises peuvent faire concrètement

  • Vérifier leur éligibilité aux aides déjà annoncées (avril à août) et conserver toutes les pièces justificatives (factures de carburant, kilométrage) pour les réclamer dès la parution du décret. Le mieux est de se rapprocher de leur fédération (FNTR, OTRE, Union TLF).
  • Faire valoir le droit à la répercussion. Le transporteur peut réviser son prix en pied de facture (articles L. 3222-1 et L. 3222-2 du Code des transports), justifier la hausse par les indices du CNR et récupérer l’indexation impayée avant la prescription d’un an. Un jugement du tribunal de commerce de Chambéry, le 9 septembre 2026, a donné raison à un transporteur qui appliquait cette méthode.
  • Signaler à la DGCCRF les donneurs d’ordre qui refusent l’indexation. Les fédérations réclament d’ailleurs le bilan chiffré de ces contrôles.
  • Se renseigner sur le remboursement partiel d’accise pour les véhicules éligibles, auprès de la douane ou de leur conseil.
  • Soulager les salariés. Le plafond de la prime carburant employeur, facultative et défiscalisée, a été relevé à 1 000 € par salarié et par an le 22 septembre.

Ces conseils ne remplacent pas ceux d’un avocat ou d’un expert-comptable : chaque contrat est différent.

3. Face à la hausse du carburant, comment économiser et rester performant ?

Aucune de ces pistes ne compense à elle seule un gazole à 2,40 €, mais leur cumul compte.

  • Verrouiller les contrats. Une clause de révision gazole écrite, un indice clair (CNR) et un délai de répercussion court. Pour le spot, il faut intégrer l’anticipation du prix du gazole dans la cotation, car on ne peut pas revenir dessus ensuite.
  • Réduire la consommation. Formation à l’éco-conduite, télématique embarquée, contrôle de la pression des pneus et de l’aérodynamique. Les gains réels dépendent des flottes, mais ils se chiffrent en pourcents, et un pourcent compte quand le carburant pèse aussi lourd.
  • Optimiser les tournées. Moins de kilomètres à vide, meilleur taux de remplissage, chargements retour, mutualisation entre transporteurs.
  • Acheter mieux. Cartes carburant négociées, achats groupés, cuve interne bien sécurisée. La FNTR constate une hausse des vols de carburant.
  • Protéger la trésorerie. Certaines entreprises rentables manquent de trésorerie face à cette hausse, il faut donc agir tôt. Affacturage, échelonnement des dettes fiscales et sociales (via la CCSF) et dialogue avec le banquier évitent bien des défaillances.
  • Préparer l’après-diesel. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, présente l’électrification comme la meilleure protection contre la volatilité du carburant. Bio-GNV, HVO ou électrique sur les tournées régulières et courtes deviennent des options sérieuses, avec des aides à l’investissement à examiner au cas par cas.
  • Anticiper l’écotaxe. L’Union TLF demande un moratoire sur l’écotaxe poids lourd qui doit arriver en Alsace et dans le Grand Est en 2027.

Hausse du carburant : quels scénarii pour les prochains mois ?

Tout dépend du détroit d’Ormuz, avec des enjeux géopolitiques, militaires, économiques et européens. Trois trajectoires se dessinent pour le prix du gazole.

  1. Détente diplomatique (le plus favorable). Le trafic remonte progressivement. Le consensus Bloomberg d’août tablait sur un Brent d’environ 76 $ au 4e trimestre 2026 et 70,5 $ en moyenne en 2027, mais cette prévision est antérieure à l’escalade de septembre.
  2. Tension durable (le plus probable selon plusieurs banques). HSBC a relevé sa prévision à 90 $ pour 2026 et 85 $ pour 2027, en supposant un retour très progressif des flux. Le gazole resterait très cher plusieurs trimestres.
  3. Escalade militaire. En cas d’échec prolongé de la diplomatie, HSBC voit le Brent monter jusqu’à 120 $ avant de se modérer en 2027. Goldman Sachs avait déjà cité ce niveau début septembre si l’escalade se poursuivait. Des économistes évoquent même des scénarios extrêmes au-delà de 150 $.

Côté France et Europe, le gouvernement prépare un budget 2027 très contraint, avec un ajustement de près de 54 milliards d’euros annoncé par le Premier ministre. La marge de manœuvre pour aider les entreprises est donc étroite. La guerre en Ukraine continue de peser sur l’énergie, et la tarification carbone européenne (ETS2) ajoutera une pression réglementaire.

4. La présidentielle 2027 peut-elle freiner la hausse du carburant ?

Sur le prix mondial du pétrole, non : il se fixe à Ormuz, pas à l’Élysée. En revanche, la politique fiscale et les aides dépendront du prochain quinquennat.

Emmanuel Macron défend des aides ciblées et refuse le blocage des prix. Les candidats à sa succession réclament des mesures plus ambitieuses, de la baisse de la TVA au blocage des prix à la pompe. De son côté, l’OTRE a adressé un questionnaire détaillé aux candidats et prévoit un débat sur l’avenir du transport routier, avec une synthèse de leurs engagements.

Deux limites à garder en tête. Les mesures les plus visibles pour les automobilistes (TVA, plafonnement) ne profitent pas forcément aux transporteurs, qui récupèrent déjà la TVA. Et le nouveau pouvoir ne sera en place qu’au printemps 2027, après le vote du budget. Les transporteurs ont donc intérêt à peser dans le débat dès maintenant, via leurs fédérations, sur trois sujets : indexation contrôlée, fiscalité de l’accise et soutien à la transition énergétique.

5. Hausse du carburant : pourquoi rester optimiste ?

  • Les crises pétrolières finissent par refluer. Les prix étaient revenus sous 85 $ cet été, et la plupart des prévisions voient une détente en 2027.
  • Le droit protège les transporteurs. Malgré la hausse du gazole, la répercussion du carburant est une obligation légale, et la jurisprudence récente la fait respecter.
  • Le secteur est reconnu comme vital. Une enquête relayée cette semaine montre que les Français jugent le transport et la logistique essentiels à la souveraineté nationale. Ce poids politique finira par se traduire en mesures.
  • La transition offre des leviers concrets. Chaque litre économisé aujourd’hui est un avantage compétitif demain, quand le prix baissera.
  • Les entreprises qui se structurent en sortiront plus fortes. Contrats solides, gestion fine des coûts et trésorerie protégée : les transporteurs qui s’y mettent maintenant seront en position de force au retour à la normale.

À retenir

  • La hausse du gazole (environ 2,40 € le litre) vient de la crise du détroit d’Ormuz.
  • Les transporteurs routiers sont exclus des nouvelles aides. L’arme principale reste l’indexation contractuelle.
  • Les économies viennent de la conduite, des tournées, des achats et de la trésorerie.
  • La présidentielle n’agira pas sur le baril, mais peut infléchir la fiscalité et les aides.

Sources

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